Une semaine de vacances - Jean-Marc Aubry

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4eme de couverture

Je fais le plus beau métier du monde. Pas le plus vieux, non, le plus beau. C'est tout du moins ce que tout le monde pense. Un des plus curieux également. Pensez. À longueur d'années, j'emmène des clients en randonnée. Impensable il y a encore peu de temps, un diplôme a été créé pour faire face à l'engouement tout nouveau pour la randonnée, la montagne et la nature en général. Dans les années soixante, tout randonneur qui se respectait n'aurait jamais imaginé un diplôme, d'état qui plus est, pour guider, pardon, accompagner un public en moyenne montagne.

Eh bien ! c'est fait, et bien fait, et j'en suis. C'est quoi un accompagnateur ? Etre accompagnateur en montagne, c'est passer un, deux, six jours ou plus avec des gens qui n'ont rien à voir entre eux, rien à voir avec vous ni avec votre conception de la randonnée, de la nature, de la montagne. Etre accompagnateur en montagne, c'est arriver à gérer tout cela, à désamorcer les tensions, à tenter de résoudre les conflits. C'est, bien sûr, tenter également d'intéresser tous ces gens au milieu naturel qui les entoure. Etre accompagnateur en montagne, c'est faire tout cela en leur faisant toujours croire que vous êtes totalement détendu, à l'aise et sincèrement heureux d'être en si agréable compagnie.

Et ça, c'est dur !!!

Informations

  • Auteur : Jean-Marc Aubry
  • Editeur Guerin Editions
  • Date de parution : Février 2002
  • Collection : La Petite Collection
  • Format : 8 cm x 16 cm
  • ISBN : 291175560X
  • Nombre de pages : 150

Extrait

« Quand je les ai vu débarquer avec leurs sacs à dos, surtout après quelques années de métier, j’ai assez vite classés les dits sacs à dos en trois catégories :

- Les bons,

- Les nuls " plus”

- Les nuls " moins”

Je m’explique. Les bons, c’est ceux pour qui y’a rien à dire, les élèves doués, appliqués, les fayots. Leur sac à dos est parfait et son contenu impeccable, collant au mot près à la liste de la fiche technique que je leur ai envoyée. Comme ils sont bons, ils sont pas drôles et comme ils sont pas drôles, on en parlera pas.

Beaucoup plus drôles, ce sont les nuls " moins”. Ceux que j’appelle les nuls " moins”, c’est ceux qui n’ont rien. Mais rien ! Tout juste s’ils ont un sac à dos ou alors genre cadeau d’abonnement à un grand magazine.

Contenance vingt, vingt-cinq litres, en plastique, sans poche. Par contre, dans chaque main, un énorme sac de voyage avec plein d’étiquettes autocollantes des différents aéroports du monde entier (vous avez remarqué que les gens laissent toujours les étiquettes des aéroports sur leurs bagages ? )

Je vous rappelle (mais je l’avais pas encore dit) que nous partons pour un raid de six jours sans assistance de voiture, portant les bagages (y’a pas de routes) et qu’ils portent donc leurs affaires de la semaine ainsi que les casse-croute du midi. Donc, dès le rendez-vous à la gare de Briançon, sous la flotte, j’ai senti arriver le malaise. »

Allez savoir pourquoi, il y a toujours un hypocondriaque dans un groupe de randonneurs. C’est comme ça. Le seul avantage de l’hypocondriaque, c’est qu’il va forcément avoir dans son sac le médicament qui vous manque. Et des fois deux boîtes. Non, non, je n’exagère pas. Il connaît le Vidal par cœur et si vous manquez, et lui aussi, d’un remède quelconque, hop ! Il vous trouvera l’équivalent, connaîtra la posologie et les effets secondaires.

Avant chaque repas (et au milieu, pour l’estomac), il s’enfilera sa cohorte de pastilles et de gélules de toutes les couleurs, avec sérieux et application, comme vous des cacahuètes à l’apéro. L’hypocondriaque ne va jamais bien, vous le fait savoir, et se soigne tout le temps. L’hypocondriaque n’a jamais de rhume, il n’a que des rhinites, pas de mal au ventre, rien que des gastro-entérites et la moindre petite gêne derrière le talon devient une tendinopathie ! Impressionnant. Ce qui ne l’empêche pas, chaque soir, de se taper son verre de rouge et de Génépi et s’il a la tête en biais le lendemain, d’accuser la soupe ou la crème aux œufs et hop ! un comprimé de Polysilane ! […] Il y a bien sûr Marie quelque chose. Sortie tout droit de sa rue de Passy, elle est et sera, du début à la fin, pomponnée, maquillée à vous demander comment elle fait. Ah oui ! évidemment elle reste vingt-cinq minutes dans la douche du refuge, solaire, quand quinze personnes attendent dehors. Elle se parfume aussi, du début à la fin, même si vous lui expliquez cent fois qu’elle va attirer mouches et moustiques et faire fuir les chamois. Elle fait " oui, oui " avec un sourire tout embêté mais recommence juste après. Marie quelque chose n’est pas désagréable. Ni avec vous ni avec le reste du groupe. Simplement décalée. Elle va s’étonner du manque de serviette au casse-croûte du midi ou du fait que vous ne changiez pas de short durant toute la semaine, alors qu’elle, chaque jour… Elle va s’étonner également de celui qui pète et rote à tour de bras et que ça fait bien rigoler. Elle fait alors des petites mimiques, pas de colère non, mais des petites mimiques. De celles qu’on fait quand on n’est pas du même monde et qu’on découvre qu’on s’encanaille un peu, quelque part.

Mais charmante. Et tellement propre.

Jean-Pierre, c’est le prof de gym. Ah ! les profs de gym. Vous voulez savoir comment on sait qu’ils sont profs de gym ? Parce qu’ils vous le disent, tout de suite, sans qu’on leur ait rien demandé. Ils vous disent aussi tout de suite qu’ils espèrent que ça va aller assez vite et là, ils commencent à vous agacer un tout petit peu. Ils commencent très vite aussi à faire deux, trois réflexions sur le physique des participants (et sur le vôtre), la présence de femmes qui risque de ralentir considérablement la marche et là, ils vous énervent carrément. Vous sentez bien aux regards des autres que vous n’êtes pas le seul. […]

Il y a, bien sûr, celle qui est venue chercher l’âme sœur. Vous vous dites, pourquoi il faut que ça tombe sur moi ? Rassurez-vous, y’en a au moins une dans tous les groupes. Celle qui, dans les dernières pages d’Alpi Rando, « F. 32 ans, sportive non fumeuse, ch. H. 30-40 ans pour balade, nature et plus si… " et bien, c’est elle.

Elle est souvent gentille, mais toujours stressée, pressée, elle sait bien que y’a que six jours, alors les préliminaires, les " je fais tomber mon mouchoir et je vois qui le ramasse ", pas le temps.

Si elle vous trouve à son goût, vous verrez, elle va avoir trois ampoules par jour, une tendinite chaque soir et un mal de dos épouvantable chaque matin. Dans le dortoir, vous la trouvez bizarrement chaque soir installée à côté de vous, tout à côté..."

Plus d'informations sur le site de l'éditeur

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