Randonnée, trekking et sports de plein air

Trekking au Ghana

Activité outdoor : Trekking au Ghana. Un récit proposé par Pierre Fourcade, coordinateur de l'association SAKADO

Page créée le 12/03/2013 par SAKADO

Trekking : Trekking au Ghana

Trekking

Pays : Ghana

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Description de l'activité

Kyilinga, le village le plus isolé du Ghana

Voilà quelque temps que mes jambes fourmillent, que ma tête y songe et que mon coeur s’en exalte. Partir un an, sac-à-dos, sans agenda ni feuille de route. Une année loin du tumulte abrutissant de nos contrées qui se décivilisent chemin faisant, sans crier gare à la désocialisation croissante. Besoin de respirer sous d’autres latitudes, envie de retrouver une vérité dans les regards et les comportements, la sagesse, la lenteur, la bonté, la surprise… Ailleurs, où le quotidien du voyageur curieux est comblé de ce bonheur qui approche de la béatitude. Je pars - ou plutôt je reviens - sur ces terres africaines, qui d’une adoption réciproque, m’ont tant envouté, que je n’ai jamais cessé de rêver le jour où je les arpenterai de nouveau.

Trekking au GhanaÀ la suite de mon obtention d’une licence professionnelle en aménagement de projets touristiques durables, je prépare mon voyage dans trois pays du Golfe de Guinée : le Ghana, le Togo et le Bénin. Loin des destinations saccagées par un tourisme unilatéral, autoritaire et dévastateur, mes objectifs sont de recenser les structures et les projets de tourisme communautaire et d’offrir mon soutien sur la route aux villages voulant instituer cette forme de tourisme profitable à tous. Durant un an, j’ai l’intention de découvrir les secrets intimes de ces trois pays – principalement à pieds ou en pirogue, sinon en transport en commun pour les plus longues distances - afin d’assimiler leurs atouts culturels, environnementaux et humains et co-construire des projets touristiques intégrés.

Atterrissage, vapeur d’eau tropicale envahissante chargée d’embrun maritime dans la chaleur nocturne, AKWAABA ! (Bonne arrivée !).

Je m’engouffre dans un tro-tro, le moyen de transport le plus répandu au Ghana : minibus aménagé au confort aléatoire où s’entassent des étudiant(e)s en uniforme, des hommes encravatés, des personnes hors d’âge qu’il faut aider à s’asseoir, des mères avec bébé plaqué dans le dos la tête à 45°, parmi les victuailles odorantes et les chèvres ligotées… Accra, capitale de l’ancienne Gold Coast, est une ville en perpétuel mouvement, symbole d’un pays qui avance sans faire de bruit, avec des taux de croissance économique avoisinant les 15%. Premier pays d’Afrique de l’Ouest à avoir gagné son indépendance, il est aujourd’hui le pays de la sous-région qui progresse le mieux dans le sens d’une démocratie pérenne. Les Ghanéens aiment mettre en avant ce pacifisme à toute épreuve, feel free étant leur devise favorite.

C’est au Ghana que j’ai vécu l’expérience la plus riche de mon voyage. Nous sommes dans le district de Nkwanta, dans le Nord de la Région Volta, à la frontière avec le Togo. Neuf villages isolés bordent le Parc National de Kyabobo, à la frontière entre le Sud fertile, à majorité chrétienne et le Nord savanien aride, à majorité musulmane. Les Akyodés (sous-groupe Guan) se sont réfugiés dans cette région, fuyant la guerre contre l’empire Ashanti, au XIXe siècle. Ils ont su conserver leurs traditions et leurs croyances animistes, leur langue et un mode de vie basé sur l’entraide intracommunautaire.

Trekking au GhanaAu sein du deuxième massif le plus haut du pays, le Parc National de Kyabobo jouxte celui de Fazao Malfacassa côté togolais. Constitué d’une forêt luxuriante – constellée de cascades saisissantes de beauté, la réserve concentre une faune très diversifiée (buffles, éléphants, antilopes kob, potamochères, céphalophes à flanc roux, quatre races de singes, mais aussi 235 espèces d’oiseaux y ont été recensées). De nombreuses possibilités de randonnée sont proposées et s’ils n’ont pas la chance d’observer des animaux, les randonneurs pourront se rafraichir proche de la généreuse cascade de Laboum, surgissant de son lit vert, vertical, vertigineux.

Après une marche de quelques heures au sein du parc aux aurores, je décide de poursuivre mon chemin, dans deux villages isolés en bordure de la zone protégée : Shiare et Kyilinga (prononcer Tchilinga). Shiare est à un peu plus d’une heure de marche de Nkwanta, presque autant en voiture tant la route pierreuse est à la limite de la praticabilité. Il faut encore grimper par un sentier glissant pour enfin atteindre « le village accroché ». Je suis ces femmes riantes, sous leur charge de bois, d’ignames, de bananes plantain fraichement récoltées. Shiare est un hameau construit en terrasse à flanc de falaise, unique en son genre dans toute la sous-région, il offre au voyageur une expérience singulière.

On charge un enfant d’amener O’Brownie (« l’étranger ») à l’Ohene (chef du village). Nous slalomons entre les maisons en adobe tout en longueur, tantôt posées sur la roche, tantôt sur la terre qui s’érode, donnant l’impression qu’elles sont littéralement « accrochées » à leur pan de falaise. Çà et là, on joue à l’awalé ou aux dames sur des damiers géants en bois, transistor hurlant réglé sur l’unique fréquence. À 13h, il fait trop chaud pour aller aux champs, alors on tue le temps, à l’ombre salvatrice des manguiers. Des enfants pilent l’igname pour le fufu (plat national de pâte d’igname et de manioc bouillis et pilés accompagné d’une soupe chargée en capsaïcine, le composant actif du piment), leurs mères vaquant à d’autres occupations. L’intimité est un mot inexistant dans le vocabulaire local.

Trekking au GhanaLe visiteur est d’abord invité à participer à la cérémonie de libation après avoir expliqué la raison de sa venue. La bonté et la bienveillance des Dieux, des esprits et des ancêtres sont invoqués, du Schnapps est versé sur le sol en offrande, et l’on peut dès lors évoluer en toute confiance au sein du village, le gosier réchauffé par le reste de la bouteille partagée sur le champ.

Depuis mon arrivée au village, les gens me paraissent familiarisés à la visite d’un étranger. Abia, un jeune togolais, heureux de pouvoir échanger en français, me raconte que deux « Blancs » sont restés vivre deux ans au village. Ils travaillaient autour du projet de création du parc national. La réserve officialisée, les paysans de Shiare se sont vus confisquer ce qui était la veille encore, leur terre nourricière. Certains ont même vu leurs plantations arrachées et aucun n’a perçu un semblant d’indemnisation. Se sentant justement floués par la dure ambivalence entre protection de la nature et survie des hommes vivant ou cultivant sur les lieux, les habitants ont renvoyé les deux « traitres » du village. Depuis, plus aucun étranger n’a été admis à pouvoir y dormir. Les touristes viennent régulièrement, paient leur dû (10 cedis par personne, soit 5 Euros environ et une bouteille de Schnapps, une petite fortune), voient le village d’en haut et s’ils le souhaitent, peuvent être accompagnés jusqu’aux chutes si le guide en a envie, et sont gentiment priés de repartir avant la nuit tombée. Il est formellement interdit de photographier les habitants, une prise de vue étant synonyme d’un vol de plus.

Le village vaut toutefois le détour si l’on s’attarde sur ses détails. Clairsemées par endroits, on trouve de petites cases rondelettes à toit de chaume, sorte d’igloos en terre où les températures sont plus douces. Ce sont les résidences principales des Ainés, ayant atteint un statut donnant le droit que l’on s’occupe d’eux et que l’on écoute leurs conseils avisés. Est dressé aux murs de toutes les maisons, un panaché bien curieux de fétiches arrosé d’huile rouge ou de sang d’animal. Le chemin menant à la cascade la plus majestueuse est escarpé, mais somptueux. Là où volettent les papillons en camaïeu de bleus, il ne faut pas oublier de regarder où l’on met les pieds afin d’éviter l’autoroute des fourmis-soldats, voraces.

À présent, si je veux être à Kyilinga, à 3 heures de marche, je dois quitter Shiare avant le crépuscule. À la sortie du village, après le passage de la rivière où les femmes puisent l’eau et battent le linge, le chemin étroit et pentu grimpe au milieu des bois et d’ici, je peux admirer Shiare. Le village a la forme d’un coeur que les reflets du soleil font scintiller au milieu de l’abondante verdure. Sur le chemin, la vue est sublime, les montagnes herbeuses et arborées tracent des lignes arrondies et irrégulières. Les oiseaux pépient et les papillons sentant le soleil tomber font leur retour. Je croise quelques personnes avec qui je ne peux communiquer qu’avec mon Twi de base (langue la plus parlée au Ghana). Ils ont beaucoup de mal à comprendre ce que je vais faire dans ce village où l’on ne se rend que si on y habite, ou bien exceptionnellement pour des funérailles (au Ghana, les obsèques peuvent prendre des proportions incroyables ; offrant aux défunts une postérité sous les meilleurs auspices, elles représentent des moments importants de rassemblement social et sont souvent source d’endettement à long terme pour les familles).

Trekking au GhanaDes enfants en culotte jouent à l’entrée du village. A ma vue, tous stoppent immédiatement le cours de leurs activités. Certains vont se réfugier à l’abri le plus proche en sanglotant, tandis que d’autres se mettent aussitôt sur ma trace, riant, tapant des mains et chantant de concert O Brownie, O Brownie, O Brownie !!! Je suis accompagné de Nyale, 17 ans, qui de cette manière, fait nettement monter sa côte auprès des filles du village en ramenant son nouvel ami blanc. Il me conduit à sa maison familiale. Alertés par les enfants, tout le village est très vite au courant qu’un Blanc vient d’arriver et les badauds viennent vite entourer la chaise sur laquelle repose la curiosité du jour. Une foule d’enfants et de curieux de tous âges s’amasse devant la maison, il faut déplacer le foyer où cuit le dîner. Tandis que je sirote une boisson que l’on m’offre en guise de bienvenue, des centaines d’yeux ébahis me scrutent, je croise des regards tantôt rieurs, tantôt effrayés. On singe mes mouvements, mes signes ne trahissant surement pas mon impatience qu’on me donne un peu de lest. Ça doit faire un moment qu’un étranger ne s’est pas donné la peine de marcher jusqu’au village ! Mais à priori, tous semblent heureux de me voir, on fait la queue pour me saluer et me souhaiter la bienvenue.

Au bout d’un temps que je ne saurais évaluer, on me mène chez le chef du village pour effectuer la libation purificatrice sous l’oeil bienveillant des Vieux en pagnes et des féticheurs. Après l’accueil très tiède de Shiare, à Kyilinga, je suis reçu avec une émulation unanime et une sincérité inégalée. On sort les Djembés et les Gons pour l’occasion et on danse Atrikpe ou encore Gititagbe. Grandiose !

Je ne savais pas encore que je resterais deux semaines dans ce village hors du temps. Ici, pas d’électricité ni de réseaux téléphoniques, mais une société régie selon des codes ancestraux et philanthropes où chaque individu fait partie intégrante de la communauté. Pour exemple, celui ou celle qui ne participe pas aux travaux communautaires - nos ponts et chaussées - doit payer une taxe solidaire en dédommagement du « service civique » non-effectué. L’apiculture traditionnelle est l’activité la plus rémunératrice pour le village et la coopérative des producteurs de miel exerce aussi avec un sens du partage exacerbé. Ayant comparé avec moult variétés des quatre coins du pays, je peux affirmer en toute objectivité, que leur miel est le plus succulent, malgré les restes d’abeilles emprisonnées dans leur propre nectar. Dans cet environnement, les abeilles ne sont pas contrariées par les solutions chimiques qui ailleurs les tuent ou les font irrémédiablement fuir. L’agriculture (biologique) représente l’activité principale des habitants, les terres cultivables sont autant étendues que fertiles et les récoltes sont semi-annuelles. Ils composent avec la Nature qui le leur rend bien. La rivière fournit le poisson, on élève en toute liberté chèvres et volailles. De temps en temps, les chasseurs du village confessent devoir jouer au chat et à la souris avec les rangers du Parc, lorsque le besoin de viande se fait sentir (l’aulocode, gros rongeur, est le gibier le plus abondant et un met fort apprécié). Mais pour autant, ils ne ressentent aucune animosité envers eux, à l’inverse du radicalisme de Shiare.

Trekking au GhanaEn pérégrinant dans le village - véritable microcosme africain - on découvre tout un panthéon d’activités traditionnelles: le vannier-charpentier-menuisier-ébéniste conçoit des nattes, des paniers, des poulaillers, des ruchers ; deux hommes s’affairent à sculpter de futurs tambours, forger des gons (cloches) ; les femmes broient des épices, des racines ou des plantes médicinales sur des pierres; une grand-mère lave un nouveau-né (deux fois par jour pendant trente minutes, le bébé est malaxé, bichonné, stimulé, purgé et enfin massé au beurre de karité local) ; la fabrication du gari (farine grillée de manioc), la distillation artisanale d’Akpeteshie (eau-de-vie de vin de palme) ou la fabrication du pito (bière de mil) ; les enfants jouent des rythmes improvisés avec des « maracas » tombés des arbres ; on vient consulter l’O Komfoo (homme ou femme, guérisseur, féticheur, conciliateur entre les Ancêtres et les contemporains) ; on me présente une bonne soixantaine de plantes, feuille, écorces, racines curatrices et une dizaine de personnes centenaires! Mes journées sont comblées de discussions profondes avec les Openi (Les Ancien(ne)s), de promenades dans cette Nature si généreuse, d’invitation à partager un peu partout le plat familial. Tandis que mes soirées sont illuminées par les étoiles qui se réfléchissent dans les yeux des enfants attentifs aux contes, légendes et histoires drôles, entrecoupés de rires à profusion, lors de veillées à la lanterne. Chose très rare au Ghana (pas unique, mais presque), il n’y a ni église, ni temple, ni mosquée! Souvent, même le village le plus reculé est constellé d’édifices religieux construits en dur, où l’on rivalise d’ambiance et de prières sonores jour et nuit. Les prêcheurs évangélistes n’ont pas connu le même succès sur ces terres mariant animisme et monothéisme.

C’est extraordinaire comme les sourires illuminent tous les visages. Ici, il n’y a pas eu de suicides après la défaite woodyallenienne des Blackstars (surnom de l’équipe nationale) en demifinale de la coupe du Monde de football qui a été vécue comme une tragédie dans le reste du pays. On se contente – sans amertume ni fatalité - de ce que l’on a : « Ici, nous n’avons rien et nous avons tout ! », me répète Keteke Kwadjo, un homme formidable qui a été chargé de prendre soin de moi durant tout mon séjour.

J’ai rencontré à Kyilinga des gens simples, formidablement humbles et solidaires, fiers de leur tradition et de leur patrimoine, pour qui la notion de tourisme communautaire apparait comme naturelle.

Pour la petite histoire, Kyilinga faisait partie d’un prospectus touristique –tout ce qu’il y a de plus officiel- que l’on m’a donné au QG du Parc National. Le village est l’un des trois où existent des structures de tourisme communautaire. Lorsque j’ai présenté le prospectus aux villageois, personne n’avait connaissance d’un tel projet, certains se reconnaissent sur les photos, éberlués ! Ou bien le prospectus n’est pas distribué, ou les voyageurs manquent de curiosité, ou quelqu’un (mais qui ?) est passé un jour et a estimé seul que le projet était viable en lui-même… L’affaire est peu commune ! Le serpent se mord la queue ! La publicité existe, reste à initier le projet !

C’est un lundi bien avant le premier chant du coq, jour de marché hebdomadaire à Nkwanta, que je rechausse mon fidèle baluchon. J’accompagne des villageois allant vendre leurs récoltes, passer un coup de fil et chercher le nécessaire à plus de quatre heures de marche à chaque voyage, bassine chargée à ras bord sur le crâne. Le coeur et les épaules chargés, je quitte le village le plus isolé géographiquement du Ghana, heureux d’avoir eu la curiosité de m’aventurer jusqu’à cet endroit où je reçus sans aucun doute le plus resplendissant des accueils.

Me ko aba (je pars et reviens) !

Pierre Fourcade, coordinateur de L'asso SAKADO

Site web : www.voyagessakado.com

Qui est sakado ?

Ayant vu le jour au début de l’année 2012, l’association SAKADO conçoit des circuits organisés ou sur mesure au Ghana, Togo et Bénin et propose un mode de voyage alternatif et responsable, ouvert à tous les voyageurs de tous âges et de divers horizons qui veulent vivre une aventure collective, un voyage utile et enrichissant.

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Tous les commentaires

1.  Julien 17/03/2013:

Récit très sympa et complet. Une destination à laquelle on ne pense pas forcément quand on réfléchi aux vacances. Merci beaucoup.

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