Neuf randonneurs héliportés dans les Hautes‑Pyrénées après avoir bu l'eau d'un lac. Pourquoi la gourde filtrante ne suffit pas et combien d'eau emporter.

Neuf randonneurs héliportés en une seule journée dans les Hautes-Pyrénées. Tous avaient bu l'eau d'un lac ou d'un torrent. Plusieurs pensaient être protégés par leur gourde filtrante. Retour sur une règle qu'on oublie trop vite : en montagne, l'eau, on la monte avec soi et on se ravitaille dans les refuges.
Le 14 juillet dernier, les secours en montagne des Hautes-Pyrénées sont intervenus deux fois dans la même journée pour le même motif. Cinq personnes près du refuge de la Glère, au-dessus de Barèges, dans le Néouvielle. Quatre autres du côté du lac de Bastan, sur la commune d'Aragnouet, en vallée d'Aure. Nausées, vomissements, diarrhées. Tous ont été héliportés vers l'hôpital de Tarbes.
Ce n'est pas un cas isolé. En août 2025, un garçon de 17 ans avait déjà été évacué par hélicoptère après avoir bu au lac d'Uzious, en vallée d'Ossau. Lui aussi avait une gourde filtrante. La préfecture des Hautes-Pyrénées répète le même avertissement chaque été, et le formule sans détour : ne buvez pas l'eau des torrents et des ruisseaux, même avec une gourde filtrante.
Ce qu'un filtre retient, et ce qu'il laisse passer
Une paille ou une gourde filtrante n'est pas un gadget inutile. Sur le papier, une membrane à 0,1 ou 0,2 micron arrête les bactéries et les parasites comme Giardia ou Cryptosporidium. Sur le papier...
Dans la vraie vie, tout dépend de l'état du filtre. Une membrane qui a gelé une nuit en refuge peut être fissurée sans que ça se voie. Un filtre encrassé, mal rincé, rangé humide au fond du sac pendant six mois, ou simplement arrivé en fin de vie après quelques centaines de litres, ne garantit plus rien. Personne ne teste sa cartouche avant de partir. Et quelques parasites qui passent au travers, ça suffit à vous coucher trois jours.
Le pire, c'est le décalage. Les symptômes apparaissent parfois sept à dix jours après. On est rentré, on a repris le travail, et on ne fait même pas le lien avec la gorgée avalée au bord du lac.
Autre limite rarement expliquée : un filtre mécanique n'arrête ni les virus, ni les résidus chimiques, ni les hydrocarbures. Et il ne sait pas ce qui se passe en amont. Un troupeau qui pâture deux cents mètres plus haut, une cabane de berger, un cadavre d'isard dans une combe, et l'eau la plus limpide du monde devient un bouillon de culture. En zone d'estive pyrénéenne, en Aubrac, dans le Vercors, il y a presque toujours des bêtes plus haut.
Les comparatifs qui listent les meilleurs sac de trail détaillent le poids, les poches, la stabilité au trot. Ils parlent beaucoup moins du litrage d'eau réellement embarqué. C'est pourtant le critère qui vous évitera l'hélico.
La bonne méthode : partir avec son eau
Il n'y a pas de secret, et pas de raccourci. On remplit au robinet, au village, au refuge gardé, avant de monter. Deux options qui se valent selon le terrain.
La poche à eau, glissée dans le dos du sac, avec la pipette sur la bretelle. C'est ce qui marche le mieux en trail ou en randonnée et sur les longues journées, parce qu'on boit sans s'arrêter et donc on boit plus souvent. Il faut juste penser à la rincer et à la faire sécher après chaque sortie.
Les gourdes peuvent être souples ou rigides, en poches ventrales ou rangée dans les poches latérales du sac à dos. Avantage : on voit ce qui reste. Une poche à eau se vide en traître, on découvre le problème au moment où elle aspire du vide.
Combien emporter
La recommandation des secours pyrénéens est simple : un demi-litre par heure de marche par temps chaud. Une sortie de quatre heures en juillet, ça fait deux litres. Une grosse journée en crête sans ravitaillement, on part sur trois litres, parfois plus. Ce sont deux à trois kilos dans le sac. Oui, c'est lourd. Mais c'est la seule charge sur laquelle il faut être intransigeant.
Et cela vaut aussi par temps couvert, en septembre ou octobre, sur une boucle de dix kilomètres qu'on connaît par cœur. On se déshydrate aussi quand il fait 15 degrés et qu'on souffle dans une montée.
Le filtre, uniquement en dépannage
Reste le cas où ça tourne mal. Itinéraire plus long que prévu, source de refuge tarie, gourde perdue. Là, oui, le filtre sert à quelque chose, et boire de l'eau filtrée vaut mieux que finir déshydraté à trois heures de la voiture. Mais c'est une solution de secours si vraiment on a aucun autre choix, pas une façon de faire pour toutes vos randonnées.
Si vous en arrivez là, prélevez le plus haut possible, en eau courante et vive, jamais dans une eau stagnante ni en aval d'une estive. Le filtre doit être récent et bien entretenu. Et pour un bivouac de plusieurs jours, une purification chimique ou une ébullition franche (attention, même pour ça il y a des règles) reste plus fiable qu'une simple membrane. Le top étant de mixer la pastille de purification ET l'ébullition. Et si vous voulez ensuite filtrer l'eau, vous pouvez.
Sur ce coup, les secours n'ont pas tort d'insister. Neuf évacuations en une journée, ce sont neuf sorties gâchées, et des moyens mobilisés pour une gorgée d'eau qui semblait pure. Personnellement j'ai toujours une paille filtrante dans mon sac à dos, mais l'objectif est de ne jamais l'utiliser sauf en cas de force majeure.