Chaque hiver, une partie des randonneurs range les chaussures de marche pour chausser des raquettes à neige. Puis vient le jour où, au sommet d'une belle pente vierge, on regarde passer un skieur de randonnée qui descend en dix minutes ce qu'on va mettre une heure à redescendre à pied. L'envie de glisser naît souvent là. Et c'est exactement comme ça que j'ai découvert le ski de randonnée. Reste une question concrète : quels skis choisir quand on veut profiter de la montagne sous toutes ses formes, de la piste damée à la neige fraîche des vallons, sans multiplier les paires dans le garage ?

Du sentier à la glisse : ce que le randonneur sait déjà

Un randonneur part avec un avantage réel sur bien des skieurs de station : il sait lire le terrain. L'orientation d'un versant, l'heure à laquelle la neige ramollit au soleil, la différence entre une pente raide et une pente exposée, tout cela fait déjà partie de sa culture montagne. Si vous pratiquez la randonnée en raquettes, vous avez aussi appris à reconnaître une neige qui porte et une neige qui s'effondre sous le pas.

Cette lecture du terrain est précisément ce qui compte au moment de choisir des skis polyvalents. Car « varier les terrains », en montagne, ne veut pas dire seulement alterner pistes rouges et pistes noires. Cela veut dire passer d'une neige dure le matin à une neige transformée en début d'après-midi, d'un bord de piste tracé à une combe poudreuse, voire d'une remontée mécanique à une montée sur peaux.

Le ski all-mountain, la polyvalence par défaut

Pour couvrir cette diversité avec une seule paire, la famille des skis all mountain reste le point de départ le plus logique. Conçus pour être à l'aise partout plutôt que parfaits quelque part, ces skis partagent quelques caractéristiques qu'il est utile de comprendre avant d'acheter.

La largeur au patin

C'est la cote mesurée sous la chaussure, exprimée en millimètres. Elle détermine en grande partie le comportement du ski :

  • Entre 80 et 88 mm : un ski encore très à l'aise sur la piste damée, vif dans les virages, qui accepte les sorties en bord de piste par neige peu profonde.
  • Entre 88 et 100 mm : la zone de polyvalence par excellence. Le ski flotte mieux dans la neige fraîche tout en restant précis sur la neige dure.
  • Au-delà de 100 mm : on entre dans le domaine du freeride, très agréable en poudreuse, moins efficace et plus lourd sur piste ou à la montée.

Le profil : cambre et rocker

Regardez un ski posé à plat de profil. Le cambre est la légère voûte sous le pied : il donne de l'accroche et du dynamisme sur neige dure. Le rocker est le relevé progressif de la spatule (et parfois du talon) : il aide le ski à remonter en surface dans la neige profonde et facilite l'entrée en virage. La plupart des skis polyvalents combinent les deux, avec un rocker en spatule et un cambre sous le pied. C'est le compromis à privilégier si vous voulez un ski qui ne vous trahit ni sur la piste verglacée du matin, ni dans la neige lourde de l'après-midi.

Le rayon de courbe

Indiqué en mètres, il traduit la forme du ski vu de dessus. Un petit rayon (13 à 16 m) favorise les virages courts, pratiques en forêt ou dans les passages étroits. Un rayon plus long (18 m et plus) apporte de la stabilité à vitesse élevée sur les grandes pentes ouvertes. Pour un usage varié en montagne, un rayon moyen autour de 16 à 19 m est un bon équilibre.

Adapter le choix à sa vraie pratique

Le piège classique consiste à acheter le ski de ses rêves plutôt que celui de ses sorties réelles. Avant de choisir, posez-vous honnêtement la question : comment se répartira mon temps sur les skis ?

Surtout la piste, un peu de hors-piste

Si vous skiez majoritairement en station avec quelques incursions en bord de piste les jours de neige fraîche, un all-mountain de 85 à 92 mm au patin fera parfaitement l'affaire. Vous gardez un ski facile, accrocheur, qui pardonne les erreurs de placement.

L'envie de goûter au ski de randonnée

Photo : Ski de randonnée à Gavarnie

C'est là que le randonneur retrouve son terrain. Le ski de randonnée consiste à monter sur ses skis grâce à des peaux collées sous la semelle, puis à redescendre hors des pistes. Pour s'y initier sans investir dans une seconde paire, une solution existe : monter des fixations hybrides sur un ski all-mountain. Ces fixations, comme les modèles Shift de Salomon et Atomic ou la Duke PT de Marker, se verrouillent comme une fixation alpine classique à la descente et libèrent le talon pour la montée.

Le compromis tient dans le poids. Un ensemble ski all-mountain et fixation hybride pèse nettement plus lourd qu'un matériel de randonnée dédié, ce qui se sent sur une montée de plus de 800 à 1 000 m de dénivelé. Pour des sorties courtes au départ d'une station ou des premières boucles à la journée, c'est en revanche une excellente porte d'entrée. Pensez aussi aux chaussures : elles doivent disposer d'un mode marche et être compatibles avec la fixation choisie.

Le poids, critère sous-estimé

À la descente, un ski lourd est souvent plus stable dans les neiges difficiles. À la montée, chaque centaine de grammes compte. Si l'idée de monter à la force des jambes vous attire, privilégiez un all-mountain plutôt léger, avec une âme bois allégée, quitte à sacrifier un peu de stabilité à haute vitesse.

Taille, gabarit et niveau : les bons repères

La longueur se choisit en fonction de votre taille, de votre poids et de votre niveau. Quelques repères pour s'y retrouver :

  • Un skieur intermédiaire visera une longueur située entre sa taille moins 10 cm et sa taille.
  • Un skieur confirmé, lourd ou qui aime la vitesse peut monter jusqu'à sa taille, voire un peu au-delà.
  • Un ski à fort rocker « skie plus court » que sa longueur réelle : on peut le prendre quelques centimètres plus long.
  • Pour une pratique orientée randonnée, un ski légèrement plus court sera plus maniable dans les conversions à la montée.

Le niveau compte autant que la taille. Un ski très rigide, conçu pour des skieurs experts, sera épuisant et peu tolérant pour un skieur intermédiaire. En cas de doute, choisissez une rigidité moyenne : elle convient à la grande majorité des pratiquants.

Quitter la piste, c'est changer de responsabilités

Photo : Ski de randonnée à Gavarnie

Choisir un ski capable d'aller hors des pistes damées, c'est aussi accepter de nouvelles règles. Dès que l'on sort du domaine sécurisé, le risque d'avalanche devient votre affaire. Le trio DVA, pelle, sonde est indispensable, et il ne sert à rien sans entraînement régulier à la recherche de victimes.

Avant chaque sortie, consultez le bulletin d'estimation du risque d'avalanche (BERA) publié par Météo-France pour chaque massif. L'ANENA propose également des ressources et des formations pour apprendre à évaluer le manteau neigeux. Les randonneurs habitués aux sorties hivernales retrouveront ici des réflexes déjà évoqués dans notre article sur la randonnée en hiver : partir tôt, se renseigner, savoir renoncer.

Pour débuter le ski de randonnée, rien ne remplace quelques sorties encadrées par un guide de haute montagne ou au sein d'un club : vous y apprendrez la technique de montée, les conversions et la lecture du terrain enneigé.

Acheter malin : neuf ou occasion ?

Un ski bien entretenu vit longtemps, et beaucoup de skieurs revendent leur paire après une ou deux saisons, à l'occasion d'un changement de pratique. Pour un randonneur qui veut tester la glisse sans investir plusieurs centaines d'euros dans du matériel neuf, l'occasion est une piste sérieuse, d'autant plus qu'elle prolonge la durée de vie d'un équipement à l'empreinte carbone élevée.

Avant tout achat de skis de seconde main, quelques vérifications s'imposent :

  • Les carres : elles doivent être continues, sans fissure ni partie arrachée. Un léger émoussé se rattrape à l'affûtage.
  • La semelle : les rayures superficielles se réparent, mais une semelle percée jusqu'au noyau ou décollée est rédhibitoire.
  • La structure : posez les skis semelle contre semelle. Ils doivent se toucher aux extrémités, avec un cambre régulier. Un ski vrillé ou délaminé est à fuir.
  • Les fixations : vérifiez leur âge et leur compatibilité avec vos chaussures. Certains magasins refusent de régler des fixations trop anciennes.

Dans tous les cas, faites régler la valeur de déclenchement (DIN) des fixations par un professionnel en fonction de votre poids, de votre taille, de votre niveau et de la longueur de semelle de vos chaussures. C'est un réglage de sécurité, pas un détail.

Une seule paire pour toute la montagne ?

Aucun ski n'est parfait partout. Mais un all-mountain bien choisi, autour de 90 mm au patin, avec un profil mixte cambre et rocker et un poids raisonnable, permet de profiter d'une journée sur les pistes comme d'une première sortie en vallon, voire d'une initiation au ski de randonnée avec des fixations hybrides. Pour le randonneur qui connaît déjà la montagne à pied et en raquettes, c'est une façon naturelle d'élargir son terrain de jeu en hiver, en gardant les mêmes valeurs : observer, s'adapter, et rentrer en sécurité.