C'était une habitude bien ancrée chez les randonneurs : arriver au lac après trois heures de montée, poser le sac et tremper au moins les pieds. C'est terminé, en tout cas dans le Parc national des Pyrénées. Depuis le 2 juin 2026, la baignade est interdite dans l'ensemble des lacs et laquets de la zone coeur du Parc, en Béarn comme en Bigorre. Et l'interdiction ne se limite pas au grand plongeon : toute immersion, même partielle, est concernée.

Ce que dit exactement la nouvelle réglementation

Le Parc national des Pyrénées a fait évoluer sa réglementation en zone coeur via deux arrêtés (n°2026-45 et n°2026-112), après une concertation avec les représentants des sports et loisirs aquatiques. Concrètement :

Dans les lacs et laquets, la baignade et toutes les activités aquatiques ou nautiques impliquant une immersion partielle ou totale sont interdites. Cela vaut donc aussi pour le paddle, la bouée ou la trempette des pieds au bord de l'eau. La pêche reste possible mais réglementée.

Dans les cours d'eau, la randonnée aquatique (aquarando, ruisseling) est désormais interdite. Le canyonisme, le canoë-kayak et la pêche restent autorisés dans un cadre réglementé.

L'interdiction de baignade concerne les 76 lacs et laquets de la zone coeur, situés pour l'essentiel au-delà de 1 000 mètres d'altitude. Le lac de Gaube ou le lac de Suyen, très fréquentés l'été, en font partie.

Où s'applique l'interdiction (et où elle ne s'applique pas)

Seule la zone coeur du Parc national des Pyrénées est concernée, sur les départements des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées. L'aire d'adhésion, les Pyrénées ariégeoises ou haut-garonnaises ne sont pas visées par ces arrêtés.

Attention toutefois : d'autres réglementations locales existent déjà, comme dans la réserve naturelle du Néouvielle où la baignade et la navigation sont interdites depuis juillet 2025. Avant une randonnée vers un lac, le réflexe reste le même : vérifier la réglementation du site, qui peut changer d'une vallée à l'autre. Notre article sur la réglementation dans les parcs nationaux vous aidera à y voir plus clair.

Pourquoi le Parc en arrive là

Les lacs d'altitude sont des écosystèmes dits « sentinelles » : ils réagissent très vite au réchauffement climatique et à la pression humaine. Or la fréquentation explose chaque été, et avec elle les baignades, y compris dans des laquets minuscules.

Franck Reisdorffer, chargé de mission au Parc national, résume le problème : chaque entrée dans l'eau arrache de la végétation aquatique et écrase la petite faune des berges. Ajoutez les résidus de crème solaire dans des eaux qui ne se renouvellent que très lentement, et vous obtenez des milieux qui se dégradent bien plus vite qu'ils ne se réparent. On vous détaillait déjà tout cela dans notre article sur les raisons d'éviter la baignade dans les lacs de montagne.

Le Parc s'appuie aussi sur le précédent du Néouvielle : un an après l'interdiction dans la réserve, le bilan est jugé positif, avec un message bien accepté par les visiteurs et une limitation constatée des dégradations sur le milieu.

Ce qui vous attend si vous passez outre

En zone coeur d'un parc national, le non-respect de la réglementation est une infraction qui peut être sanctionnée par une amende, et les gardes-moniteurs patrouillent activement en été. Mais au-delà de la contravention, l'enjeu est ailleurs : si la mesure n'est pas respectée, elle a toutes les chances d'être durcie, voire imitée dans d'autres massifs.

Notre avis

On peut regretter la fin d'un petit plaisir de randonneur, et on comprend ceux que cette interdiction agace. Mais quiconque a vu le bord du lac de Gaube un dimanche d'août sait que le statu quo n'était plus tenable. Les lacs d'altitude ne sont pas des bases de loisirs : ce sont des milieux fragiles qui n'ont pas besoin de nous pour être beaux. Il reste largement de quoi se rafraîchir en vallée, et la montagne, elle, se contemple très bien les pieds au sec.