Le Parc naturel régional du Haut-Jura s'étend sur près de 260 000 hectares entre le Jura, l'Ain et une petite enclave du Doubs. C'est le plus grand parc naturel régional de France métropolitaine, et malgré ça, il reste étonnamment discret comparé à ses voisins alpins. Pas de foules compactes sur les sentiers (sauf quelques sites très courus en plein été), une nature bien préservée, des villages qui ont gardé une vraie identité. Les randonneurs qui s'y aventurent reviennent rarement sans avoir envie d'y retourner. Voici six circuits qui donnent une bonne image de ce que le parc a à offrir, du plus accessible au plus engagé.

1. Les cascades du Hérisson — Ménétrux-en-Joux

Distance 7,4 km (aller-retour) — variante boucle : 11 km
Dénivelé 255 m
Durée 3 h (aller-retour intégral)
Difficulté Difficile (sentier glissant, passages aménagés)
Départ Parking de la Maison des Cascades, Ménétrux-en-Joux (39130)
Carte IGN 3326 ET
Balisage GR® 559 (blanc-rouge) puis PR® jaune
Parking Payant en saison, donne accès gratuit à la Maison des Cascades

C'est sans doute la randonnée la plus connue du Jura, et la réputation est méritée. Le Hérisson est un torrent qui prend sa source dans les lacs de Bonlieu et d'Ilay, à 805 mètres d'altitude, et dégringole sur 3,7 kilomètres en enchaînant 31 sauts et 7 grandes cascades, pour un dénivelé total de 255 mètres. Du bas, on découvre d'abord la cascade de l'Éventail, 65 mètres de chute en éventail qui est la plus haute du site. Quelques centaines de mètres plus loin, le Grand Saut plonge 60 mètres d'un seul tenant, brutal et compact, un spectacle d'une autre nature. En remontant le sentier vers le Saut Girard (35 m en tête de parcours), on passe aussi par Château Garnier, la Forge, le Moulin Jeunet, le Gour Bleu.

Le site est classé depuis 2002 et reçoit environ 500 000 visiteurs par an, ce qui se ressent en juillet-août. Il vaut nettement mieux y aller au printemps, quand le débit est fort et les couleurs fraîches, ou en automne pour les lumières rasantes sur l'eau. L'hiver, quand les cascades gèlent partiellement, le spectacle est spectaculaire mais le sentier devient vraiment dangereux. Bonnes chaussures obligatoires en toute saison, le sentier est très glissant par endroits même par temps sec. Pour séjourner à proximité des impressionnantes cascades du Hérisson, plusieurs hébergements existent autour de Ménétrux-en-Joux et Doucier, avec le lac de Chalain tout proche pour la baignade.

Le sentier est très fréquenté : arriver tôt le matin en été. En descente, la prudence s'impose sur les passages aménagés (rambardes mouillées). La Maison des Cascades propose une présentation du site, de sa géologie et de ses légendes, à visiter avant ou après la rando.

2. Pic de l'Aigle et Belvédère des Quatre Lacs — La Chaux-du-Dombief

Distance 9 km (boucle avec descente vers les lacs) — aller-retour : 5 km
Dénivelé 330 m (boucle) / 90 m (aller-retour Pic seul)
Durée 3 h 30 (boucle complète)
Difficulté Moyen (passage raide et glissant en descente vers les lacs)
Départ Parking P1 du Pic de l'Aigle, La Chaux-du-Dombief (39150)
Point culminant 993 m (Pic de l'Aigle)
Carte IGN 3326 ET
Balisage Jaune puis blanc-rouge (GR) pour le tronçon crête
Photo : Lac de Narlay Spielvogel (CC by-sa)

Le Pic de l'Aigle culmine à 993 mètres et domine à la fois la vallée du Hérisson et le plateau des Quatre Lacs. C'est un des panoramas les plus complets du parc : en face, les crêtes du Haut-Jura, le Grandvaux, et par temps clair, le Mont Blanc qui pointe au-dessus du col de la Givrine. Depuis le parking P2, on atteint le sommet en vingt minutes environ par un sentier rocailleux qui traverse de belles pelouses sèches, avec un escalier taillé dans la roche sur les derniers mètres. Une table d'orientation est installée au sommet pour s'y retrouver.

De là, le chemin continue en crête vers le nord-est, en forêt de sapins, pour rejoindre le Belvédère des Trois Lacs (lac d'Ilay, Petit Maclu, Grand Maclu), puis le Belvédère des Quatre Lacs avec en plus le lac de Narlay, le plus profond du Jura à 48 mètres. Les eaux ont des teintes turquoise à vert émeraude selon la lumière, le genre de vue qu'on garde longtemps en tête. La descente vers les lacs est raide et glissante par temps humide, surtout en automne. Les quatre lacs sont classés Natura 2000 et site Ramsar : la baignade y est interdite.

Pour juste voir le Belvédère sans la montée au Pic, un parking spécifique au belvédère existe à quelques minutes à pied du point de vue. En hiver, la montée au Pic peut être verglacée, il faut savoir renoncer.

3. Le Crêt de la Neige depuis Lélex

Distance 15 km (boucle) — variante avec télécabine : ~5 km depuis le haut
Dénivelé 880 m (depuis Lélex, à pied)
Durée 5 h à 5 h 30 (boucle complète depuis Lélex)
Difficulté Difficile
Départ Parking de Lélex (01410) — alt. 900 m
Point culminant 1720 m (Crêt de la Neige, toit du Jura)
Carte IGN 3328 OT
Balisage GR® 9 et GR® 509 (Grande Traversée du Jura)
Accès facilité Télécabine La Catheline depuis Lélex (payante, env. 9 €) pour réduire le dénivelé

Le Crêt de la Neige, 1720 mètres, est le point culminant du massif du Jura. Il se trouve dans la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura, entre les communes de Lélex et Thoiry, à une dizaine de kilomètres de Genève. La montée depuis Lélex passe d'abord par une forêt dense, puis s'ouvre sur les crêtes qui offrent un panorama large sur l'arc alpin, le lac Léman, et par très beau temps les volcans d'Auvergne. Le Grand Crêt (1702 m) se trouve sur le chemin, et les randonneurs avec l'énergie pour un aller-retour supplémentaire peuvent enchaîner avec le Reculet (1718 m), deuxième sommet du Jura à deux kilomètres de là, marqué par une croix visible de loin.

La variante par le télécabine de La Catheline permet d'arriver directement à 1390 mètres, ce qui réduit le dénivelé à environ 330 mètres et la sortie à seulement deux heures de marche. Une option qui peut être très intéressante pour les familles ou les randonneurs qui veulent quand même fouler le toit du massif. Attention : une partie du tracé traverse une zone de quiétude de la faune, interdite en général du 31 décembre au 30 juin. Les chiens ne sont pas autorisés dans la Réserve naturelle. Grand Tétras et Gélinottes des bois vivent ici, ainsi que des chamois régulièrement visibles sur les crêtes.

Randonnée engagée depuis Lélex. Prévoir équipement complet pour la randonnée (bonnes chaussures, veste, polaire...). La partie finale au sommet peut être ventée et fraîche même en été. En hiver, la montée se fait en raquettes.

4. Gorges de la Saine et de la Langouette — Les Planches-en-Montagne

Distance 9,7 km (boucle)
Dénivelé 333 m
Durée 3 h à 3 h 30
Difficulté Moyen
Départ Parking des gorges de la Langouette, Les Planches-en-Montagne (39150)
Carte IGN 3326 ET
Point fort insolite Tunnel ferroviaire de 180 m sur le retour (lampe conseillée)

Cette randonnée est une des moins connues de cette sélection, et c'est peut-être la plus surprenante. Elle débute aux gorges de la Langouette, un canyon dans lequel la Petite Saine tourbillonne dans des marmites de géant creusées dans le calcaire jurassien. Quand l'eau y est abondante, le spectacle est impressionnant. Le sentier longe la rivière jusqu'aux Planches-en-Montagne en traversant forêts et prairies, avant de rejoindre les gorges de Malvaux, plus larges et plus sauvages. Sur le chemin du retour, l'itinéraire emprunte l'ancienne voie du tramway et passe par un tunnel ferroviaire de 180 mètres, non éclairé. Complètement noir à mi-parcours. Prévoir une lampe frontale bien chargée, c'est incontournable et ça donne une ambiance qu'on oublie pas de sitôt.

La cascade du Bief de la Ruine, accessible en variante, mérite un détour si elle coule : 13 sauts en escalier sur 110 mètres de hauteur, alimentée uniquement après de fortes pluies ou à la fonte des neiges. En été sec, elle peut être complètement à sec. La boucle passe aussi par le lac à la Dame, un petit plan d'eau calme dans un écrin marécageux, à l'atmosphère très différente du reste du parcours.

Cette randonnée se prête particulièrement bien à l'automne, quand le débit de la rivière remonte et que les couleurs de la forêt s'embrasent. Sentiers bien balisés et entretenus. Accessible aux familles avec enfants à partir de 8-10 ans.

5. Tour du lac de Narlay — Le Frasnois

Distance 9,5 km (boucle autour du lac)
Dénivelé Faible (moins de 100 m)
Durée 2 h 30 à 3 h
Difficulté Facile à moyen
Départ Parking du lac de Narlay, Le Frasnois (39130)
Altitude du lac 748 m
Carte IGN 3326 ET
Particularité Lac d'origine glaciaire le plus profond du Jura (40 m), zone Natura 2000 et Ramsar

Dans la région des Sept Lacs, Narlay est peut-être celui qui se mérite le plus : moins de monde que sur le circuit des Quatre Lacs, une ambiance plus calme, des rives préservées alternant prairies, forêts et tourbières. Le lac lui-même est d'origine glaciaire, probablement creusé par un effondrement rocheux, et descend à 40 mètres de profondeur. C'est le lac naturel le plus profond du département du Jura. L'eau y est claire, les bords sauvages. Le circuit de 9,5 kilomètres fait le tour complet avec trois stations d'interprétation pour comprendre les milieux naturels traversés, ce qui en fait aussi une bonne rando d'initiation pour ceux qui veulent aller au-delà de la simple promenade.

Ce circuit peut se faire à pied toute l'année, et en raquettes dès que l'enneigement le permet. C'est la rando idéale quand on cherche quelque chose de reposant, sans montée sérieuse, dans un cadre soigné. Elle s'enchaîne facilement avec la randonnée du Pic de l'Aigle (randonnée 2), les deux départs étant distants d'une dizaine de kilomètres.

Baignade interdite dans le lac (zone Natura 2000). Chiens acceptés en laisse. Sentiers parfois boueux en bordure de tourbière : prévoir de bonnes chaussures même pour un circuit en apparence facile.

6. Les Hautes-Combes depuis La Mouille — Vue sur la haute chaîne du Jura

Distance 7,2 km (boucle)
Dénivelé 238 m
Durée 2 h
Difficulté Facile
Départ La Mouille (39310) — alt. environ 1100 m
Altitude maximale Environ 1300 m
Carte IGN 3328 OT
Balisage PR® jaune

Les Hautes-Combes forment un plateau perché à 1300 mètres d'altitude, entre Saint-Claude et la frontière suisse. C'est un paysage ouvert et lumineux, avec des pâturages parsemés de fermes-auberges, très différent des gorges et des forêts denses qui caractérisent le reste du parc. La randonnée proposée au départ de La Mouille est courte et accessible à tous, y compris aux familles avec de jeunes enfants. Elle offre un panorama sur toute la haute chaîne du Jura, de La Dôle au Reculet en passant par le Crêt de la Neige et le col de la Faucille. Au sol, en mai et juin, les gentianes bleues, les orchidées et les narcisses tapissent les clairières.

C'est la randonnée la plus accessible de cette liste, mais elle n'est pas la moins récompensante. Par beau temps, la vue porte loin et on comprend bien l'architecture du massif depuis ce belvédère naturel. L'itinéraire traverse aussi plusieurs combes, ces vallons caractéristiques du Jura, encaissés entre deux lignes de crête parallèles. Un circuit idéal en fin de journée ou pour commencer la semaine en douceur après des randonnées plus engagées.

Les pâturages sont occupés par des troupeaux en été : refermer les barrières et tenir les chiens en laisse. Certaines fermes-auberges des Hautes-Combes proposent des repas à base de produits locaux (comté, bleu de Gex), à réserver en avance en haute saison.

Pour organiser votre séjour

Ces six randonnées couvrent l'essentiel de ce que le Parc naturel régional du Haut-Jura propose aux marcheurs, des circuits familiaux de deux heures aux journées engagées sur les crêtes. La région des lacs (autour de Ménétrux-en-Joux, Le Frasnois, La Chaux-du-Dombief) concentre plusieurs des plus beaux sites et constitue une bonne base de départ pour enchaîner les randonnées 1, 2 et 5 sur deux ou trois jours. Le secteur de Lélex convient plutôt aux randonneurs qui veulent les crêtes et les vues sur les Alpes. Les Hautes-Combes s'intègrent bien dans un séjour côté Saint-Claude ou Les Rousses.

La saison idéale dans le Haut-Jura, c'est mai-juin pour les fleurs et les cascades en crue, et septembre-octobre pour les couleurs. En juillet-août, les sites les plus courus (Hérisson, Belvédère des Quatre Lacs) sont très fréquentés. En dehors de ça, le parc reste relativement calme pour un territoire aussi riche. Si vous y allez hors saison, je ne peux que vous recommander le camping pour pouvoir vous deplacer plusieurs fois et faire des randonnées dans plusieurs zones. J'avais fait ça il y a quelques années lors de plusieurs séjours dans les Alpes en mai et juin et je trouvais que c'était une solution très intéressante. Evidemmment j'avais la chance de pouvoir y aller hors saison et je n'avais donc pas besoin de réserver à l'avance. Pour une tente, je trouvais toujours un camping près des départs de rando qui avaient de la place. En juillet ou août, il vaudra mieux réserver à l'avance car cette zone est très fréquentée.