Fermer

D'un rivage à l'autre : Ma traversée des Pyrénées

De la Méditerranée à l'Atlantique, de l'orient à l'occident, la traversée des Pyrénées sur 850 kilomètres en 27 jours

Page Trekking créée le 29/08/2020 par Patrick Dejean

Trekking : D'un rivage à l'autre : Ma traversée des Pyrénées

A savoir à propos de cette activité

Informations et localisation

DépartementOccitanie :: Pyrénées-Orientales
MassifPyrénées
Altitude3000
Durée27 jours
DépartBanyuls-sur-Mer
NiveauDifficile
Distance850 kilomètres
Dénivelé50000 mètres

Ma traversée des Pyrénées sur le GR 10

De la Méditerranée à l'Atlantique, de l'orient à l'occident. Pour faire de mon ami le soleil un compagnon de route, se lever avec lui, calquer ma course sur la sienne et se coucher aussi avec lui. Pour relier les plages de mon enfance, la Côte Vermeille, aux plages de mon âge, la Côte Basque. Pour aller à rebours de l'itinéraire classique.

L'idée rôdait depuis des années, présente sans être obsédante. Il a fallu une période d'isolement, de privation de liberté, propice au repos du corps et de l'esprit, un moment de suspension pour que cette traversée, ce graal du randonneur, ce projet à la fois concret et tellement impressionnant, se glisse doucement dans la réalité. Paradoxalement, la perspective de parcourir ces grands espaces et devenue quasi palpable alors que nous vivions contrôlés et enfermés.

Mon matériel

Je n'ai jamais bivouaqué. Cela peut prêter à sourire car j'ai passé des milliers d'heures en montagne. En m'appuyant donc sur mes connaissances, mon imagination (et quelques tutos !), j'ai fait l'inventaire du matériel nécessaire. Cela a été assez rapide et assez simple.

Objectif, partir avec un sac de 10 kilos, repas compris. Ce sera 12 kilos en autonomie complète avec, aux pieds, des chaussures de trail pesant 290 grammes. Second objectif, arriver à Hendaye, si possible en trente jours ou moins. Chiffre rond…

Je me suis fixé cet objectif car sans lui, j'aurais pu m'éparpiller, me disperser, me perdre, m'épuiser et finalement échouer. Mon goût de la performance m'entraine dans ce sens. J'ai encore plus profité de cette aventure car ce tempo rapide correspondait parfaitement à mes capacités et à ma vision d'un tel défi.

Rien de remarquable dans mon matériel hormis le fait que je parte sans réchaud et sans eau. Je mangerai (bien et suffisamment !) froid et je boirai aux sources, ruisseaux, rivières, lacs, fontaines, robinets et même aux abreuvoirs.

Le jour du départ

Samedi 11 juillet, 9h à Banuyls. Je pars dans un état de stress et de confusion total. Je me demande ce que je fais là. L'idée est magnifique…tant que ça reste une idée. Maintenant, je suis devant le panneau du GR10 et je réalise à quel point le parcours est démesuré.

900 kilomètres, 55000 mètres de dénivelé, principalement entre 1500m et 2500 mètres d'altitude.

En même temps, j'ai confiance en mon expérience, en mon passé sportif, en ma force physique et mental, en ma rusticité forgée par une vie passée dehors. Je doute tout en sachant que je suis équipé dans tous les domaines pour réussir.

Pour commencer, je vais vous épargner les figures imposées dans ce genre de récit. La première, celle de vous infliger le déroulé fastidieux de cette traversée au jour le jour. D'autres l'ont fait avant moi. La seconde, celle de vous imposer l'éternelle métaphore de la randonnée comme reflet de la vie. La naissance du projet, sa préparation, les bases, les échecs, les réussites, la progression pas à pas, les sommets, les fonds de vallée, les doutes, les joies etc etc. Tout a déjà été écrit sur ce sujet.

Mes pensées sur la traversée

Par contre, lors d'un tel périple, tous les sens sont sollicités, y compris le sixième. La clairvoyance, les capacités mentales, le jugement, l'instinct deviennent plus tranchants. L'esprit s'aiguise en même temps que le corps. A fil de la marche, me sont venues quelques réflexions inhabituelles, nées des conditions de vie, de la progression, que je n'aurais pas forcément eues en temps normal.

Il m'a fallu quelques jours pour me débarrasser des pensées quotidiennes, celles sassées et ressassées, pour être enfin en immersion et me sentir vraiment en phase avec ce projet. Le temps de trouver mes marques et de m'ouvrir au monde qui m'entourait.

Après ces quelques jours, ma première constatation a été une modification des notions d'espace et de temps. Mon rythme de croisière m'a conduit à marcher 10h par jour pour parcourir un peu plus de 30kms et franchir 1900m de dénivelé en moyenne.

La notion de temps a commencé à s'effacer. Je savais que je devais marcher dix heures. Concept simple. Par contre l'espace a progressivement pris de l'importance. L'espace parcouru, l'espace à parcourir, l'espace perceptible, l'espace avant le prochain col et au-delà de celui-ci, au-delà du prochain virage, l'espace modifié à chacun de mes pas, stimulant sans cesse mon regard et mon imagination.

L'espace devant moi, occupé par l'endroit où poser mon prochain pas, par le chemin et les marques, un trait blanc sur un trait rouge, parfois un trait jaune, l'espace sur les côtés, l'espace infini au-dessus, l'espace en deux dimensions propre aux cartes, si trompeur, si loin de la réalité en trois dimensions. Espace invisible, stimulant, varié, inattendu ou prévisible, source de plaisir, de danger, espace repère dans lequel, parfois, je me perds. Et l'espace a occupé presque … tout l'espace !

Ma relation à l'aspect matériel a aussi beaucoup changé. Tout ce qui est nécessaire rentre dans un sac à dos le jour et dans une tente deux places (un palace !) la nuit. Une fois parti, la logistique et les conditions de vie ne varient plus guère. Petit à petit, j'ai donc oublié le sac à dos et son contenu.

Monter le bivouac et le démonter obéissaient à un rituel assez simple. Se laver et manger, aussi. Alors, j'ai oublié mon matériel comme le peintre oublie son chevalet et le cadre de sa toile pour se consacrer aux motifs et aux couleurs, comme l'écrivain oublie son cahier, son stylo ou son ordinateur pour se consacrer à l'enchevêtrement des mots. Ne comptaient plus que la marche et toutes les sensations qu'elle procure.

Et il a rempli sa mission à la perfection. Ni blessure, ni douleur.

Et mon corps, à son tour, a lui aussi disparu. Outil premier, outil primitif dont la mission est simple : vivre ! Et il a rempli sa mission à la perfection. Ni blessure, ni douleur. Un outil parfaitement huilé, réglé pour accomplir ce que je lui demandais avec discrétion, loyauté et humilité.

Ce corps qui m'a toujours servi de point d'ancrage ne m'a pas trahi et s'est littéralement fait oublié à son tour. Je l'ai entretenu, beaucoup nourri, beaucoup abreuvé et il s'est montré reconnaissant. Je pouvais marcher des heures, poussé par le plaisir de cet effort régulier et enivrant. J'ai perdu 4 kilos.

Et plus je m'affûtais, plus cet effort devenait facile. Je me sentais inépuisable, indestructible, invincible presqu'immortel, plus fort et plus intense que jamais. J'avais oublié mon âge. Parfois, je volais. Je savais simplement que j'étais à ma place, traversé par des sensations exaltantes.

J'ai retrouvé l'animal qui est en chacun de nous, l'état naturel, sans forcer, juste parce que je mettais un pied devant l'autre. Geste simple, intemporel donc éternel. Et finalement, en récompense, j'ai perçu la plus magique et la plus rare des sensations, la liberté, la liberté absolue, la liberté de mouvement et d'esprit.

Car j'ai beaucoup appris sur le pouvoir de l'esprit. Soyons clair : il ne sera question ni de spiritualité, ni de mystique, ni de méditation, de shamanisme, de retour sur soi ou à la nature, ni de développement personnel et encore moins de religion.

Le temps passant, mon corps, mon sac à dos, les problèmes logistiques se sont effacés laissant la plus grande part aux émotions, à l'instinct, aux sensations, à l'intelligence, aux capacités de réflexion et d'analyse.

Et contrairement à ce que les tenants d'une psychologie basique peuvent croire, cette place n'a jamais été occupée par des questions existentielles ou philosophiques, des questions sur l'avenir ou sur d'éventuelles leçons à tirer du passé, toutes questions qu'il est possible de se poser un dimanche après-midi de pluie, allongé sur un canapé.

Non, au contraire. Mon esprit a été happé par le présent. Car le présent remplissait tout. Il fallait, en premier, regarder où poser les pieds puis suivre l'itinéraire sans se perdre, prévoir la trace, anticiper le bivouac, se remplir de la beauté des paysages et de la vie sauvage, se laisser envahir de sensations inédites, laisser tous les sens profiter, les émotions s'exprimer, prendre des centaines de photos, être toujours prêt à capter certains détails magnifiques, parler aux chiens, aux vaches, aux chevaux (aux bergers, aussi !) , manger, boire, s'inquiéter des orages et, bien évidemment, se rendre disponible pour les autres, pour des rencontres brèves, fortuites mais toujours riches.

Finalement, j'ai fini par me désintéresser de ma propre vie, de mes angoisses, de mes questionnements. Pas le temps. Mes pensées étaient sans arrêt ramenées à la réalité, aux impératifs et aux plaisirs du moment. Le fameux et usé jusqu'à la corde "vivre l'instant présent" mais le vivre parce que la force de cette expérience m'y obligeait... pour mon plus grand bonheur !

La traversée en chiffres

Ainsi, tout ce que je vous ai raconté a tenu en 12 kilos, 27 jours (dont 26 jours de marche), 850kms et 50000m de dénivelé en passant par l'altitude maximale de 3000m. Durant ces 27 jours, un monde a pris forme, un monde nouveau, différent, plus vaste, plus intense, un monde simple et riche, rude mais beau, inoubliable, un monde qui me manque déjà.

Finalement, quelques semaines après mon retour "sur terre" que reste-t-il de cette belle itinérance ?

Trop tôt pour le dire. Des sensations physiques incroyables que je veux revivre, la satisfaction d'avoir réussi une traversée réputée difficile, la prise de conscience de mes capacités, des souvenirs précieux amassés dans une malle aux trésors, des rencontres, une nouvelle vision de la vie, et des projets.

GR4 (1500kms), GR11 (800kms), partie française du GR5 (1200kms) et GR34 (1700kms). Je partirai plus confiant, plus insouciant, plus heureux encouragé par cette première expérience exceptionnelle.

Peut-être même inviterai je des personnes intéressées à m'accompagner durant quelques jours afin d'ajouter une dimension supplémentaire à ces voyages aux mille merveilles, la dimension du partage !

La traversée en photos

Les photos de cette activité outdoor

Lacs du Néouvielle dans les Pyrénées centrales
 Voir plus de photos pour cette activité

Points de passage sur l'itineraire

Voici quelques pages qui pourraient vous intéresser en relation avec cette activité :

A voir/A faire dans les environs

Miniature

Pic de Sailfort

Miniature

Castelnou

Tous les commentaires

1.  Magali 01/09/2020

Très beau texte, très plaisant à lire. Merci. Et les photos sont très jolies en plus.

Ajouter un commentaire

Les commentaires inutiles ou déplacés seront supprimés par les administrateurs du site.  Votre adresse e-mail ne sera pas affichée. Les retours à la ligne seront convertis automatiquement.  Le code HTML sera supprimé du message. 

(non diffusée)