Trekking en Mauritanie : marcher dans le désert

avec

La Balaguère

Voici la suite de notre trek dans le désert de Mauritanie. Nous prenons un rythme régulier et l'ambiance du pays se dévoile. Le thé, le désert, le soleil, la nuit étoilée, l'avancée pour atteindre le bivouac suivant...

Marcher dans le désert en Mauritanie

2ème jour

La nuit n'est jamais noire dans le désert. Elle est froide, immense et peuplée d'astres bienveillants. Le ciel couleur encre était paré de milliards d'étoiles toutes plus scintillantes les unes que les autres. Pas de pollution lumineuse à des kilomètres à la ronde. Et en quelques minutes nous observons plus d'étoiles filantes que nous n'en avions jamais vu de toute notre vie. Il règne une douce atmosphère protectrice avec un froid surprenant et le murmure du vent qui fait s'envoler les grains de sable sous nos pas. La nuit n'est pas sombre dans le désert, elle ne fait pas peur. On y voit presque comme en plein jour avec cette nuée d'étoiles dont on semble si proches.

Au petit matin lorsque nous sortons de la tente, nous découvrons près du campement une foule de traces de pas inconnus. Fennecs, chacals, rongeurs nocturnes et petits scarabées sont venus sans bruit cette nuit observer ces étranges formes que sont nos tentes. Puis dans le murmure du vent ils ont disparu derrière une dune de sable.

Après avoir rangé nos affaires, nous replions notre tente et la portons au campement. Salem et Sid Ahmed sont déjà en train de préparer notre petit déjeuner. Que c'est agréable de n'avoir rien d'autre à faire que de se laisser envouter par la magie du désert. Aussi loin que mon regard se porte, il y a des dunes de sable. Nous nous asseyons ensuite pour partager un moment de convivialité autour du petit déjeuner.

Pendant que nous dégustons des crêpes à la confiture, les chameliers chargent les montures avec nos affaires. Le jour se lève de plus en plus et voici enfin le lever de soleil sur notre lieu de bivouac. Quel douce et bienveillante lumière ! En une fraction de seconde elle nous réchauffe et nous quittons petit à petit nos doudounes.

Le campement est démonté, les chameaux chargés, notre journée de marche peut débuter.

Dormir et marcher

Une douce routine s'installe au fil des jours

Cette routine journalière qui se met peu à peu en marche a quelque chose d'agréable et de rassurant. Nul besoin de se préoccuper de rien, tout est déjà prévu pour nous.

Nous savons que nous allons marcher le matin environ 3h puis que nous ferons une pause déjeuner sous un gros arbre. Ensuite ce sera le moment de la sieste jusqu'à 15h, puis nous remarcherons 1h30 environ pour arriver au campement du soir. Et pas besoin de se soucier des repas à cuisiner, quel bonheur de se savoir cocoonés !

En général nous voyageons toujours seuls et programmons chacune de nos journées de A à Z, réservons une voiture de loc, des hébergements et nous débrouillons pour trouver quelles randonnées faire dans quels lieux. Mais là, nous n'avions qu'à nous laisser porter et profiter de chaque moment dans le désert.

Nous marchons lentement sur les crêtes des dunes, le spectacle est magnifique

Un spectacle sans cesse changeant s'offre à nous entre touffes d'herbes grasses, lacs asséchés, sable ondulant sous le vent, arbres décharnés et dunes de sable aux couleurs changeantes. J'ai été frappée de constater à quel point le sable est froid le matin et comme il le reste longtemps. Lorsque nous descendons du haut des dunes nos pieds s'enfoncent dans le sable et la fraicheur nous submerge un court instant.

Le matin la chaleur n'est pas gênante, elle est douce, légère et la brise qui l'accompagne est idéale. Lorsque nous arrivons au gros acacia où nous allons déjeuner il commence à faire chaud mais c'est encore supportable. Et lorsque nous nous asseyons à l'ombre de l'arbre, quelle n'est pas ma surprise de constater qu'il y fait presque froid. Salem est déjà en train de préparer le thé pour nous.

Ah, le thé, le fameux rituel des trois thés préparés par les nomades. Ici dans le désert on a le temps. Le temps de se plier à ce long rituel qui est également très agréable à regarder. Deux théières, des petits verres, un plateau en argent, des feuilles de thé et un feu allumé dans le sable. Qu'il est apaisant et intéressant de voir notre guide préparer ce chaud breuvage.

Les Touaregs ont un proverbe bien connu ici : « Le premier thé est amer comme la vie. Le second thé est fort comme l'amour. Le troisième thé est suave comme la mort ». Et que l'on soit amateur de thé ou non, on le boit car ici il a une saveur bien différente dans l'immensité du Sahara.

Salem nous distribue ensuite des cacahuètes et des petits gâteaux secs pour patienter. Puis Sid Ahmed arrive avec un plat imposant, les assiettes et les couverts. Ce midi c'est riz accompagné de légumes et de sardines, le tout merveilleusement bien cuisiné. Le plat est généreux et il en reste toujours pour se resservir. En dessert c'est une orange bien fraiche. Puis chacun prend un matelas et s'installe où il le souhaite pour faire la sieste, lire ou admirer le paysage. La douceur qui règne alors prête sans aucun mal à la somnolence.

Vient ensuite le moment de remettre son sac à dos et de cheminer à nouveau pour atteindre le campement du soir cette fois.

La fraicheur qui régnait sous l'ombre bienfaitrice de l'acacia n'est maintenant qu'un lointain souvenir. Il fait chaud, très chaud et il est difficile de se protéger des rayons du soleil en marchant. Nous grimpons au sommet d'une dune et découvrons face à nous en contrebas une zone très verte. Il s'agit d'arbres et d'une multitude de plans de grosses courges vertes. Ces légumes sont cultivés pour produire avec les graines une purée très nutritive.

Les dunes dessinent de bien belles choses

Encore quelques minutes à marcher dans ce décors verdoyant et nous retrouvons les dunes de sable. Derrière une ultime dune nous rejoignons la caravane de chameaux et les chameliers. Chacun récupère ses affaires, retrouve sa tente et commence à s'installer. Nous montons notre tente et allons rejoindre le groupe pour partager les trois thés.

Dans le couchant j'aperçois des chameaux et des nomades au loin. Pendant que le feu de camps crépite, Salem pétrit de la pâte à pain. Après avoir préparé de belles braises, notre guide les écarte et creuse dans le sable puis dépose sa préparation. Il la recouvre ensuite de sable et de braises et laisse cuire un long moment.

Pendant ce temps la nuit est tombée et nous commençons déjà à observer des étoiles filantes. Comme tous les soirs, le dîner débute par un bouillon bien chaud. Ensuite, notre cuisinier nous a préparé ce soir un délicieux couscous accompagné de poulet et légumes. Et en dessert nous croquons une pomme chacun.

Puis nous restons là, assis, à admirer l'incroyable spectacle offert par les étoiles filantes avant de regagner chacun notre duvet.

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