Randonnée, trekking et sports de plein air

Cartes postales de la vire

Guérin

Page publiée le 03/05/2010

Personne ne saurait raconter d'une manière aussi fine l'effet que ça fait de vouloir faire une démonstration d'escalade à sa maman. Le résultat : une chute, du sang et de vrais sentiments. " Cartes postales de la vire " est un recueil de textes souvent très drôles, parfois bouleversants, d'aventures vécues par l'auteur ou des enquêtes menées sur des polémiques contemporaines.

Détails

FormatRécit
AuteurGreg Child
EditeurGuérin
ISBN2911755316
EAN13978-2911755316
Sortie12 janvier 2000
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Cartes postales de la vire

Description

Présentation de l'éditeur

Personne ne saurait raconter d'une manière aussi fine l'effet que ça fait de vouloir faire une démonstration d'escalade à sa maman. Le résultat : une chute, du sang et de vrais sentiments. " Cartes postales de la vire " est un recueil de textes souvent très drôles, parfois bouleversants, d'aventures vécues par l'auteur ou des enquêtes menées sur des polémiques contemporaines.

Biographie de l'auteur

Greg Child est un drôle d'Australien. Gamin, il collectait le venin de ses serpents dans des pots de yaourt. Ensuite, il s'est mis à osciller entre deux passions, l'alpinisme et l'écriture, avec la même
maestria. Il ouvre de grandes premières aux États Unis et en Himalaya et obtient pour son œuvre littéraire le prix de la littérature alpine américaine. " Je ne sais pas si je suis un grimpeur qui écrit ou un écrivain qui grimpe ", écrit-il. Le lecteur ne regrettera pas qu'il range parfois son piolet : les textes de Greg Child, qu'il s'agisse de
Théorème de la peur ou de Cartes postales de la vire, sont plein de moquerie et d'émotion.

Extrait :

Couverture du livre : Cartes postales de la vire

Nous avons entamé la descente… Nous progressions dans un éboulis. Tous les deux pas, nous perdions l'équilibre. J'ai réussi à trouver le bon rytme en me servant des fesses comme d'une troisième jambe. Glissant sur les talons, puis sur les fesses, je dandinais dans un nuage de poussière. Je dépassais allègrement Lynn Hill qui observait mon comportement avec une moue de réprobation... Ce qui lui paraissait comme de la lourdeur de la part d'un être mal dégrossi, sorte de troll aux pieds trops grands, n'était que le résultat en fait d'un long apprentissage... " Personne ne saurait raconter d'une manière aussi fine comment on peut être écoeuré par le talent de rochassier de la plus grande grimpeuse du monde et prendre une revanche mesquine dans un couloir de boue. Ni l'effet que ça fait de vouloir faire une démonstration d'escalade à sa maman (parce qu'on est devenu une vedette et que ça rend respectable, croit-on). Le résultat : évidemment une chute, du sang et de vrais sentiments. Tout Greg Child est ainsi, il ne prêche pas.

Toutes les années que j'ai passées à parcourir les plus grands massifs du monde, coincé dans un camp de base, un bivouac ou un trou de neige, m'ont enseigné cette vérité absolue : les montagnes transforment les montagnards en hommes de Cro-Magnon, et c'est inévitable !

En expé, les bonnes manières disparaissent. Le langage se mue en une sorte de mélange de grognements, de propos débiles et d'allusions sexuelles de cour d'école. La retenue, la dignité, la bienséance auxquelles les êtres humains doivent normalement se conformer, n'existnt pas davantage qu'un bain chaud ou un morceau de savon, deux choses qu'un membre d'une expédition ne pourra s'offrir pendant un mois ou deux.

Ceux qui sont un peu mystiques affirment avec mélancolie qu'escalader les montagnes rapproche de Dieu. Mais si le vieil adage : "la propreté du corps est le reflet de la propreté de l'âme" est vrai, alors le Tout-Puissant ordonnerait aux grimpeurs parvenus sur l'arête sommitale et progressant vers les portes du paradis, de prendre un bon bain avant d'aller plus loin.

Oui, nous les grimpeurs sommes d'immondes personnages mais nous adorons ça ! Laissez-moi vous raconter maintenant comment mes camarades m'ont le plus dégoûté et vice versa. Âmes sensibles, abstenez-vous de lire plus avant !

Extrait :

— Mais c’est tellement dangereux, comment peux-tu y prendre plaisir ?
Ça, c’était maman tout craché, experte en rhétorique et en vérité universelle qui me répondait au téléphone alors que je lui annonçais un nouveau départ. Elle sait qu’il n’existe pas de réponse rationnelle à cette question. — Parce que c’est comme ça. Je te le promets, je serai prudent.

Ça, c’était moi tout craché, essayant de me justifier afin d’expliquer pourquoi je repartais encore grimper un gros tas de cailloux délité. Je crois que Reinhold Messner, Sir Edmund Hilary, Doug Scott et tous les autres ont certainement dû avoir aussi maille à partir avec une mère trop attentionnée. C’est un fait avéré : aucune littérature de montagne ne peut convaincre une mère qu’il existe de bonnes raisons de risquer sa vie pour l’amour de la grimpe. Les mères créent la vie. Les montagnes menacent de la reprendre. On peut toujours persuader une épouse, un ami que le jeu périlleux de l’escalade est une recherche spirituelle ou bien encore que dans la pratique de la montagne on s’engage sur un chemin semé d’embûches afin de satisfaire ses propres exigences intérieures, mais les mères connaissent la vérité.

Pratiquer la montagne, c’est dangereux et nous les grimpeurs, garçons et filles, sommes des imbéciles qui feraient mieux de rentrer immédiatement à la maison !

Comme je l’ai dit précédemment, ma mère ne m’avait jamais vu grimper, alors je décidai un jour de l’emmener à une falaise près de chez moi pour lui montrer comment cela se déroulait. Ma femme Salley serait mon second et m’assurerait, puis nous redescendrions sur la terre ferme, sains et saufs, prouvant ainsi à ma mère une fois pour toutes que l’escalade n’est qu’une partie de rigolade. […]

La longueur que j’avais choisie était cotée 6 c, avec un départ facile mais assez exposé. Je connaissais cette voie par cœur car je l’avais faite plusieurs fois mais une pluie récente avait rendu les premières prises glissantes, je me déplaçais donc avec précaution. Ma mère se rapprocha de la falaise, elle semblait inspecter ce que j’avais aux pieds. " Très jolies ces chaussures, elles sont de la même couleur que mon canapé ! "

Je souriais poliment. Mes pieds se trouvaient à hauteur d’homme du sol et je m’arrêtai sur une petite vire afin de placer mon premier coinceur. Inexplicablement, la seconde qui suivit me vit décoller. J’entendis ma mère pousser un cri perçant puis j’entendis : " slpash ! slpash ! " J’étais par terre, étalé dans une mare de boue !

Ma mère se dirigea vers moi en traînant les pieds, murmurant nerveusement de tendres propos, pétrissant son sac comme une pâte. […]

Tout allait bien mais j’étais furax. Toutes ces années de pratique pour glisser sur une prise…

[…] Nous remontâmes vers la voiture d’un pas rapide. Elle égrénait des platitudes du genre : " ce n’est pas grave " et " ça va aller ".

Mais j’étais encore une fois redevenu son petit garçon qui s’était fait une grosse peur et qu’elle devait consoler. Je ne disais rien, je me comportais comme un homme. Alors maintenant, lorsque nous discutons d’escalade en famille, il n’est pas question de berner ma mère. Elle avait vu la vérité et la vérité, c’est que l’escalade est un jeu très dangereux. Elle réside toujours en Australie à Sidney et vit dans l’espoir qu’un jour son fils, quand il deviendra grand, se trouvera une autre activité.

 
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